Écrit par
Hugo Dupont
Updated il y a 4 jours
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Un projet d’interdiction des stablecoins rapportant des intérêts, intégré au projet de loi CLARITY sur la structure du marché des cryptomonnaies, est en train de devenir l’un des points de friction majeurs dans le débat sur les actifs numériques à Washington. Les critiques mettent en garde contre un affaiblissement potentiel de la position du dollar américain à l’échelle mondiale.
La loi CLARITY, qui vise à définir la manière dont les marchés de la crypto sont réglementés aux États-Unis, interdirait aux plateformes d’échange et aux fournisseurs de services d’offrir des intérêts ou des récompenses sur les stablecoins adossés au dollar. Les partisans présentent cette règle comme une protection de la stabilité financière, tandis que les opposants estiment qu’elle supprime une caractéristique essentielle qui rend les dollars numériques compétitifs sur les marchés mondiaux.
Cette inquiétude s’est accrue à mesure que d’autres grandes économies s’orientent dans la direction opposée.
Anthony Scaramucci, ancien directeur de la communication de la Maison Blanche et fervent défenseur des cryptomonnaies, s’est affirmé comme l’un des critiques les plus virulents de l’interdiction des intérêts. Son argument ne porte pas sur les effets à court terme sur le marché des cryptomonnaies, mais sur la concurrence monétaire à long terme.
Scaramucci interprète cette restriction comme une manœuvre défensive motivée par les banques traditionnelles plutôt que comme une véritable décision de gestion des risques. En supprimant les intérêts des stablecoins américains, il affirme que les décideurs politiques protègent les acteurs en place au détriment de l’innovation et de l’adoption mondiale.
Selon lui, la monnaie numérique est en concurrence de la même manière que toute infrastructure financière : les utilisateurs sont attirés par les systèmes qui offrent de meilleures incitations économiques. La suppression des intérêts rend les stablecoins américains moins attrayants par conception.
Ce qui rend la question plus importante, selon Scaramucci, c’est l’approche de la Chine. La Banque populaire de Chine a autorisé les banques commerciales à verser des intérêts sur les avoirs en yuans numériques, ce qui fait de la monnaie numérique de la banque centrale chinoise une monnaie rémunératrice.
L’interprétation de Scaramucci est simple : lorsque les marchés émergents choisissent entre des rails de paiement numériques, les intérêts comptent. Face à un stablecoin américain non rémunérateur et à un yuan numérique générateur d’intérêts, la logique économique peut l’emporter sur l’alignement politique.
Scaramucci considère les stablecoins non pas comme des produits de niche de la crypto, mais comme une plomberie financière mondiale. Une infrastructure qui rémunère les utilisateurs, même modestement, se répand plus rapidement et s’intègre plus profondément dans les systèmes de paiement. Au fil du temps, cela crée des effets de réseau difficiles à inverser.
En interdisant les intérêts, il soutient que les États-Unis risquent d’affaiblir volontairement leurs propres rails numériques tandis que leurs concurrents renforcent les leurs.
Des préoccupations similaires ont été soulevées par Brian Armstrong, qui a averti que l’interdiction des récompenses sur les stablecoins pourrait nuire à la compétitivité du dollar sur les marchés des changes. Armstrong a fait valoir que les intérêts sur les stablecoins ne modifient pas de manière significative les prêts bancaires, mais influencent l’adoption mondiale des actifs numériques basés sur le dollar.
Ensemble, leur message est que le débat porte moins sur le risque lié à la crypto que sur le positionnement stratégique.
Les banques traditionnelles voient la question différemment. Les dirigeants mettent en garde contre le fait que les stablecoins rémunérateurs pourraient retirer des dépôts du système bancaire, réduisant ainsi la capacité de prêt et la stabilité financière. Cette inquiétude a récemment été soulignée par Brian Moynihan, qui a déclaré que les stablecoins pourraient déclencher des sorties de dépôts de milliers de milliards de dollars.
Scaramucci ne conteste pas les incitations des banques. Sa critique est que la préservation du modèle bancaire actuel ne devrait pas se faire au détriment de l’affaiblissement du rôle futur du dollar dans la finance numérique.
L’interdiction des intérêts est née d’une législation antérieure et a été étendue dans le cadre de la loi CLARITY, ce qui en a fait un élément déterminant du cadre proposé. Le projet de loi étant désormais au point mort, la question reste non résolue.
Pour Scaramucci, cette pause est une opportunité. Il considère le débat comme un choix entre protéger les acteurs en place aujourd’hui ou être compétitif efficacement demain. Dans un monde où les monnaies numériques deviennent une infrastructure géopolitique, il soutient que l’interdiction des intérêts peut résoudre un problème national tout en créant un problème mondial.